Noël aux Îles

Noël aux Îles

- Quand est-ce que vous descendez pour les fêtes ?

Doucement dès la mi-décembre, le volume d'habitants dans l'archipel commence à augmenter. Dans les rares cafés ouverts, les épiceries et les boutiques, ça jase plus fort que d'habitude et l'on voit apparaître de nouvelles figures. Un des grands bonheurs de décembre c'est celui-là. Si certains attendent le Père Noël, dans plusieurs familles on espère un enfant qui arrive des études, un ami, la parenté... Être insulaire c'est souvent avoir des proches qui vivent en-dehors. Cette joie de retrouver la famille dispersée est communicative et se répand même chez ceux qui n'attendent personne.  

Une tradition qui marque le signal que le temps des fêtes arrive au quai, c'est la bûche de Noël qui débarque par milliers du continent par bateau, avant même qu'on ait eu le temps d'accrocher la première lumière. Plusieurs Madelinots adorent et font grande consommation de cette bûche industrielle. Je me souviens un jour être dans une file de deux à la caisse de l'épicerie. À mes côtés, une dame qui tient elle aussi dans ses bras le fameux dessert dans sa boîte de carton.

- Ça goûte le souvenir, fait-elle avec un clin d'oeil.

Dinde, egg rolls, petits pains farcis, pâtés au poulet, pot-en-pot mais aussi la douceur : gâteaux aux fruits, boules aux dattes, bouchées au chocolat, tartes, barres aux noix, beignes et beignets, sablés, galettes à la confiture, à la mélasse, à la poudre, bonbons aux patates... la liste s'allonge et chaque maisonnée a sa recette et son parfum.  Mais le roi incontesté de la table des fêtes c'est le pâté à la viande, un lointain cousin de la tourtière mais en plus mince dont le mélange de boeuf et de porc est passé au petit moulin.                     

Dans les grandes familles, chacun sa date. Le 24 au réveillon on va chez l'un, le 25 au souper on va chez l'autre... Souvent les mêmes personnes se suivent de maison en maison. On rapatrie les chaises dans toutes les pièces que l'on dispose autour de la table agrandie par une rallonge oubliée au fond d'une armoire.  Après le repas on sort les cartes, les jeux de société. Cribb,  Dame de pique, 150...

- 90 en coeur !

Un 24 décembre, il y a plusieurs années, je reçois pour le réveillon. Il manque un ingrédient. Direction dépanneur, de la farine dans le toupet. En ouvrant la porte, de la musique s'échappe dehors. Coincés entre la machine à hot dog et les chips, trois gars, une guitare et le Minuit chrétiens. Dans la rangée des piles et des chandelles d'urgence, je reste plantée là comme un poteau de bouchure en faisant semblant de chercher quelque chose. Depuis ce jour, à chaque veille de Noël je m'évade au dépanneur au milieu de l'après-midi.  

Cette année, cette image me réchauffe le coeur.

Noël 2020 sera différent. Mais il n'appartient qu'à nous d'en faire un temps de partage et de chaleur humaine - même à deux mètres-  dont on fabriquera des souvenirs.

Crédit photo: Nicole Dagenais 

Par Suzanne Richard

Suzanne Richard est auteure, conférencière et musicienne. Elle a fait paraître un recueil de nouvelles La mer, trois kilomètres à gauche. Sa conférence Les mots et la mer traite des mots et expressions maritimes utilisés dans la langue française au quotidien.

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