Ceux qui s'en vont, ceux qui reviennent

Vue de l'avion

Une des caractéristiques particulières aux Îles, c'est le fait qu'une majorité d'entre nous avons été appelés à partir pour des périodes courtes, longues ou indéterminées. Les études, le travail, les amours parfois, nous incitent à nous déraciner pour quelque temps. Et une fois au loin, plusieurs feront l'expérience de la Soif, une soif cristalline de mer et de vagues.

C'est que les Îles ne se départissent pas facilement de ceux qui l'habitent. Dès l'enfance, elles s'inscrivent dans nos rétines, y laissant la marque permanente de l'horizon. Les espaces vides, le silence et le temps deviennent nos habitudes. Il suffit d'en faire l'expérience une fois pour sentir qu'on ne pourra plus s'en détacher. Il y a quelque chose de rassurant dans la proximité des gens, les signes de tête des automobilistes qui nous reconnaissent, et la généalogie spontanée qui émerge des conversations (« T'es-tu le garçon à ... à ... ? »).

Extrait du Dictionnaire des régionalismes des îles de la Madeleine, Chantal Naud, Québec AmériqueAinsi je vois souvent, l'été, de ces familiers qui ont choisi de quitter les Îles pour une variété de raisons. La vie nous amène ailleurs. Parfois on s'amarine à la vie urbaine, tellement qu'on ne s'imagine plus revenir. Puis quelque chose se réveille un jour, entre deux voyages en métro. Tout d'un coup on a besoin de sentir à nouveau l'odeur du bleu.

Les Îles ont cette aura étrange pour ceux qui les connaissent, à la fois familière et étrangère. La Soif reste, même en filigrane, même au plus profond de soi. On fait des projets de retours permanents ou temporaires. Au loin, c'est parfois plus facile de reconnaître ce qu'on aimait d'ici. Alors on cherche ailleurs, ou on trouve sans chercher, des morceaux des Îles : une façon particulière de prononcer certains mots, une chanson à la radio, des odeurs d'eau salée, le vent qui se lève là où on ne l'attendait pas... On vit les Îles par procuration en suivant les nouvelles ou en gardant près de soi des oeuvres d'art et des produits locaux. On ressent pour une première fois la nostalgie des Îles, ce qu'elle porte de richesses ou de souvenirs. C'est peut-être ce qui nourrit notre côté nomade : l'assurance d'avoir toujours un pied à terre, des racines quelque part. Grandir sur une île a quelque chose de romantique, dans l'idée qu'on s'en fait une fois au loin.

Je quitterai bientôt les Îles pour une autre période indéterminée : la vie, surprenante, m'amène à découvrir de quoi la vie a l'air ailleurs. C'est avec une certaine déception, mais surtout quelque excitation, que je m'apprête à partir. Je ramène avec moi les souvenirs de ma redécouverte, de mon réapprivoisement des lieux. Je sais que je reviendrai, quand la Soif reviendra, grande comme la mer. Pour moi comme pour bien d'autres, chaque retour ici est une redécouverte.

 

Par Nathaël Molaison

Durant mes 18 premières années passées aux Îles, je ne m'étais jamais arrêté à la richesse de leurs paysages. C'est seulement au retour que j'ai commencé à comprendre pourquoi on aime tant ce lieu orné de mystère. Pourquoi on devient #fousdesiles.

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