Aux Îles, les maisons sont grandes

Îles de la Madeleine, maison, coucher de soleil

Est-ce que les maisons sont faites sur un modèle différent? Sans doute. Aux Îles, les cuisines accueillent des vingtaines de gens, les bains accueillent un char de bottes et les lits peuvent soutenir une pile innombrable de manteaux.

Il y a quelque chose de frappant dans l'emploi du mot « famille » aux Îles. Ici, la famille, c'est un petit peu tout le monde : le voisin est un garçon du frère du cousin du côté de la fesse du voisin de l'autre... C'est pas dire que « tout le monde se connaît », mais tout le monde a au moins une petite idée, à partir du moment où on déroule notre généalogie, d'où on vient.

C'est quelque chose de difficile à expliquer pour les gens d'ailleurs. La question que je me fais la plus poser aux Îles, c'est le nom de mon père, de ma mère et de mes grands-parents. Et il se trouve toujours quelqu'un dans la discussion pour me parler de mes oncles, mes cousins, des cousins de mes grands-parents... Ça fait partie de la dynamique. Aux Îles, on vient non seulement de quelque part (le canton a sans doute une grande influence sur le caractère), mais on vient surtout de quelqu'un, en fait, d'une série de gens qui nous ont constitué. Et quoique j'aie eu envie à quelques moments dans ma vie, comme un peu tout le monde, de me dissocier de l'arbre généalogique, je réalise aujourd'hui que je suis un peu de ma grand-mère, un peu de mon grand-père, un peu de mes oncles et tantes, et que cet héritage-là je le porte comme un drapeau partout où je vais.

Ce n'est sans doute pas vrai pour tout le monde, mais chez nous, la famille, ça touche au sacré. Quand j'étais jeune, chaque jour de l'an, Pâques, fête des Mères et fête des Pères signifiait une visite chez les grands-parents où mes cousins cousines et moi on allait jouer dans les chambres, loin des grands, rire, crier et forcément, après quelques heures, se faire dire de baisser le volume par un oncle ou une tante qui monte à l'étage...

Îles de la Madeleine, tablée, plats traditionnels

 

Encore aujourd'hui, du côté de ma mère, les anniversaires de toutes mes tantes sont célébrés au restaurant, avec une précision d'horlogerie. C'est l'occasion de se donner les dernières nouvelles, de voir l'évolution des petits qui grandissent vite, et surtout, de rire et de passer du bon temps ensemble. Du côté de mon père, ce sont les histoires qui fusent à chaque fin de veillée, l'histoire du père ou du grand-père de tel un ou tel autre, et surtout, la mémoire de ceux qui nous ont quittés, toujours avec à la fois le sourire aux lèvres et le petit brillant dans les yeux. 

Par Nathaël Molaison

Durant mes 18 premières années passées aux Îles, je ne m'étais jamais arrêté à la richesse de leurs paysages. C'est seulement au retour que j'ai commencé à comprendre pourquoi on aime tant ce lieu orné de mystère. Pourquoi on devient #fousdesiles.

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