Des familles

Maisonnettes aux Îles de la Madeleine

Pas facile, se laisser aimer. Et quoi dire d'aimer... On peut patauger un moyen temps dans sa bouette avant de se rendre compte que tout ce qu'on possède de vraiment à soi, c'est une carapace toute séchée qui demande rien qu'à se fendre pour tendre les bras. Parce que c'est si beau!

À Noël, mon grand frère m'écrit qu'il aimerait m'avoir plus proche, géographiquement parlant. Que notre famille, avec les parents, avec les élargis, les-mononcles-les-matantes, qu'on puisse plus facilement se rassembler, le moindrement qu'on en aurait envie. Moi, j'ai pensé que de vivre aux Îles, drôlement, m'avait rapproché d'eux. Quelque chose à voir avec le fait de me sentir bien là où j'étais, alors d'être juste meilleur avec les autres. À voir aussi avec la conscience d'être loin, devoir peut-être ramer un peu plus pour ne pas que ça paraisse trop. Au téléphone, avec papa-maman, je dis plus souvent que je les aime.

Familialement parlant, j'ai gagné plus que j'ai perdu

Après Noël, fallait défoncer l'année. 

Aux Îles, c'était au Bassin, chez Éric et Sylvie, qui m'ouvrent la porte comme si j'étais un monarque ou une religion qui aurait seulement bien tourné. Éric, c'est jusque dans sa façon de verser l'alcool dans les verres que je l'admire. Il sonne vrai de partout, à la hauteur de sa Sylvie qui a grandi au Havre-aux-Maisons, qui sourit avec les yeux. C'est du Noël permanent, ces yeux-là, tiens. Ils ont choisi d'investir là-dedans, ici. Et pour venir voir ça, quand on vit en dehors, il faut faire sa réservation de bonne heure.

Repas réconfortant entre amis
Conserves d'automne
Coucher de soleil aux Îles de la Madeleine
Crème de vache et petites fraises : la parfaite combinaison!

Une amie du continent demande : "Les gens des régions, ils sont vraiment si plus authentiques, et si plus chaleureux?"

C'est vrai que pour le néo que j'étais, dès les premiers jours je l'ai senti. Je partais à Cap-aux-Meules, me faisais tout petit, je voulais pas déranger. Marlène et Patrice me recevaient avec ces yeux-là-là, avec leurs gestes à eux. Ils ne l'auraient probablement pas nommé comme ça, mais ils prenaient soin de moi, c'est ça que je ressentais qu'ils faisaient.

Céline

Pendant la dernière grosse panne, Suzanne de Pointe-Basse me dit : « Y'a de la place chez nous, tu le sais? » Et France de La Montagne : « Tu correct? Tu besoin d'une douche? De manger? » C'est finalement chez MC au Havre que je pose mon sac pour une nuit.

Je regarde Gislaine et Céline. Venues elles aussi chez Éric pour attendre l'année. Elles ont leur maisonnette cachée vers L'Étang des Caps. Où je peux monter, un après-midi, rôtir un peu à côté du poêle, toujours boire un café, faire une tite partie de Mitaine.

Des fois je me regarde aller, me trouvant chanceux sans bon sens, cherchant comment tout recevoir cette sorte d'amour-là, et comment bien le rendre, avec les moyens que mon coeur me permet.

Au moins je voudrais être capable, dans la famille autour de moi qui s'est inventée, dire que j'aime sans devoir me séparer.

Par Benjamin Pradet

Je suis né et j'ai grandi à Saint-Roch-des-Aulnaies, puis j'ai vécu longtemps à Montréal. J'étais venu aux Îles en me disant : «Je vais essayer un an.» Mais comme il n'y avait que de bonnes raisons pour rester, et aucune pour repartir... Depuis, j'écris mes petites écritures, j'arpente le Chemin des Arpenteurs, et je laisse la vie continuer.

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