Havre-aux-Fleurs

Crédit photo: Joel Landry

Il y a plus de 20 ans déjà, je suis tombée sous le charme d'un maisonnois dont les yeux reflétaient tous les bleus de la mer, et dont la voix portait tous les secrets du vent... Et qui plus est, cet être sublime abritait dans la cour arrière de sa demeure, une « bouillée » de rosiers sauvages... Vous savez, ces fleurs rose tendre aux épines plurielles, que l'on nomme églantines. Couplée à l'odeur des algues fraîches de juin, la présence de ces fragiles beautés ajoutait au romantisme de nos premières fréquentations. Petite, j'en confectionnais de précieux bouquets, cueillant méticuleusement chacune de ces fleurs comme on extrait un trésor d'entre les ronces, m'enivrant de leur parfum délicat des jours durant. Assurément, cet homme qui hébergeait chez lui mes fleurs préférées, bien ancrées à la fois dans la terre sablonneuse de la Dune-du-Sud et dans mes souvenirs d'enfance, marquait un point décisif... À la fin de notre premier été en amoureux, j'ai emménagé avec lui dans sa maison face à la mer, devenant maisonnoise à mon tour. Et je l'ai fiancé.

 

Crédit photo: Guy Rossignol

 

Nos coeurs ensemencés de désirs, aux abords des rosiers sauvages, nous avons à notre tour donné naissance à deux magnifiques fleurs. Une belle-de-jour, et une belle-de-nuit. Qui ont grandi au son des vagues, sous un soleil insulaire. Et qui ne cessent d'enjoliver notre quotidien de leurs teintes chatoyantes et de leurs arômes singuliers. Tout comme se hisse chaque année « dans le parc », aux premiers balbutiements de juillet, une horde de fleurs aux subtiles effluves poivrées, pointant dignement leurs épis colorés vers le ciel. Les lupins sont chez nous synonymes de plaisir vivace. C'est d'ailleurs parmi eux que nous avons immortalisé notre toute première séance de photos familiales.

 

Crédit photo: Gil Thériault

 

Au fil des saisons, les filles ont grandi, maintenant capables de cueillir toutes seules les cadeaux que la Nature semait juste là, à leur portée. Vous dire la joie que procure pour une maman, un bouquet de pissenlits tendu de petites mains, avec amour et fierté... Même le trésor de la Butte Ronde n'en vaut pas autant!

 

Crédit photo: Christine Arseneault-Boucher

 

Puis il y a quelques années, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir sur notre terrain la présence de trois iris versicolores, s'élevant avec grâce près du « p'tit magasin ». Ils étaient là, éblouissants, déployant sous mes yeux ravis leurs violets bleutés veinés de jaune et de blanc. Depuis, ils reviennent chaque été, et je les accueille avec gratitude, près des rosiers sauvages, des lupins et des pissenlits. Toutes ces fleurs qui, aimées différemment mais à leur juste valeur, nous offrent le privilège inestimable de leur fidèle retour annuel. Sur notre petit bout de terre à nous.

 

Crédit photo: Carole Longuépée

 

Les îles riment souvent avec mer, sable et buttes verdoyantes... Mais pour qui a la chance de vivre les diverses saisons de l'archipel, les fleurs font partie de ces merveilles à découvrir, comme un carrousel diffusant couleurs et parfums de mai à octobre, illuminant année après année le visage terrestre de l'archipel. À notre plus grand bonheur.

Par Brigitte Le Blanc

Brigitte est née et a vécu son enfance en Gaspésie, tout au bout d'une vallée. De la rivière à la mer, elle a suivi ses élans qui l'ont menée jusqu'aux Îles, où elle a élu domicile il y a plus de 20 ans. Amoureuse des mots et de la nature, elle trouve l'inspiration dans cette fresque vivante qui lui offre chaque jour ses mille et un visages.

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