Première neige : Les Îles à la crème

L'Île Rouge, Havre-aux-Maisons
"L'Île Rouge, les jours de neige, c'est le pouding au chocolat de ma mère, nappé de crème."

Voici venu le matin où le minou vire de bord. Déjà dans le tambour il hésite, prend son temps. J'entrouvre la porte. Et elle est là, celle que les chansons de Noël nomment manteau blanc : la neige! Minou est prudent. Une patte, puis deux. Puis il secoue la droite avec toute l'élégance dont il est capable. Il revient sur ses pas en une boucle parfaite. Rien à faire, il n'ira pas plus loin. Il refuse de sortir. Mais il continue de miauler à la porte. Comme s'il ne se rappelait pas qu'il y a trente secondes, elle était là. Là dans toute sa blancheur. La première neige!

La première neige du mois de novembre.

C'est beau, mais c'est tôt.
— Elle restera pas, à Noël ça va être de la pluie! disent les sceptiques.
— J'sais pas, ça serait l'fun qu'elle reste...
On devrait avoir le droit de fêter Noël dès la première neige. 

Ce qui voudrait dire que dès qu'arrive la première tempête, on tombe en congé pour trois jours, on mange des pâtés et on va jouer au 150 chez les voisins. Me semble que ce serait moins frustrant que d'attendre tous ensemble que la neige tombe le 23 décembre.

C'est drôle, aussitôt que tombe la première neige, partout dans le paysage, je vois de la bouffe. Par exemple, l'Île Rouge, tout près du pont de Havre-aux-Maisons, qui par temps humide devient brunâtre, avec son coulis de neige ressemble à s'y méprendre à un morceau de pudding au chocolat aux épices, nappé de crème. Ce pudding représente pour moi le dessert de mon enfance. Et réconfortante en plus. La déguster tiède quand elle vient de sortir du four. Souvenir.

L'Île d'Entrée, avec ses buttes recouvertes de neige, on dirait une pâte moelleuse qui n'a pas fini de lever et qu'on a saupoudrée de sucre.

Rochers


Et les rouleaux de foin, surpris par la neige précoce, ont l'air de gâteaux roulés glacés au beurre.
Cher hiver, qui nous donne envie de sortir la cassonade et la cannelle. Avez-vous remarqué comment on braque pour l'épicerie et que l'on se met à cuisiner aussitôt que la neige se met à poudrer? Comme si à travers le châssis c'était la farine qui s'agitait.
— Pour moi, tu dois avoir faim, me dit-on.
— Je salive, plutôt.

Ce sont mes yeux qui se régalent.

Par Suzanne Richard

Suzanne Richard est auteure, conférencière et musicienne. Elle a fait paraître un recueil de nouvelles La mer, trois kilomètres à gauche. Sa conférence Les mots et la mer traite des mots et expressions maritimes utilisés dans la langue française au quotidien.

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