«Ceste-dite ille est la meilleure terre que nous ayons veu, car vng arpant d'icelle terre vault mielx que toute la Terre Neufve. Nous la trouvames plaine de beaulx arbres, prairies, champs de blé sauvaige, et de poys en fleurs, aussi espès et aussi beaulx, que je vis oncques en Bretaigne, queulx sembloict y avoir esté sémé par laboureux. Il y a force grouaiseliers, frasiers et rossez de Provins, persil et aultres bonnes erbes, de grant odeur.»
C'est en c'est mot que Jacques Cartier décrivit l'Île Brion, première île qu'il visita en 1534.
Le Frère Marie Victorin, dans son livre Croquis Laurentiens paru en 1920, renchérit : «Brion est la seule des Îles de la Madeleine qui ait su garder, à peu près, ses cinq milles de virginité, la seule qui soit pour une grande part couverte de forêt, la seule aussi qui puisse nous renseigner sur la prime jeunesse de l'
archipel, sur la physionomie des lieux lorsque, par ce beau jour de juin de l'An du Seigneur 1534, le malouin Cartier jeta l'ancre en vue de cette terre dont il fit honneur à son protecteur, l'amiral Brion-Chabot.».
De
la plage jusqu'au milieu des îles, on rencontre différents types de milieu comme
la dune, la tourbière, les marais et les prés salés,
les lagunes et finalement la forêt. Chacun se caractérise par des conditions diverses en fonction desquelles les végétaux se regroupent : nature du sol, degré d'humidité et de salinité, pente du terrain, micro climat. Selon les milieux, on retrouvera des plantes différentes.
La flore la plus caractéristique de l'
archipel se rencontre dans
les milieux dunaires, puisque ceux-ci couvrent 30% de la superficie totale des Îles de la Madeleine.
La dune est recouverte d'Ammophile à ligule courte, cette plante, essentielle à l'équilibre écologique de l'
archipel, retenant le sable
des dunes grâce à ses rhizomes (tiges souterraines) et l'empêche d'envahir et de combler les habitats situés à l'arrière comme
les lagunes et les étangs. On retrouve également des plantes comme la Sabline faux-péplus, la Gesse maritime, le Caquillier édentulé, la Smilacine étoilée, la Camarine noire et la magnifique Hudsonie tomenteuse, plante rare du Québec que l'on retrouve aux Îles de la Madeleine.
Dans les marais et les prés salés, on retrouve beaucoup d'espèces de graminées comme les Carex, les Scirpes et les Spartines. D'autres espèces comme les Joncs de la baltique, la Glauce maritime, la Salicorne d'europe et la Limonie de Nash sont également présents dans ce milieu.
Dans les tourbières, les étangs et les marais d'eau douce, il est possible d'observer les espèces suivantes : la sphaigne, une plante dont les tiges croissent en hauteur année après année tandis que la base se décompose lentement, permettant ainsi à la tourbière d'évoluer. Les tourbières sont des lieux de prédilection de deux plantes insectivores : la sarracénie pourpre et la rossolis à feuilles rondes de même que Calopogon tubéreux et la Linaigrette à large gaine. Le très bel iris versicolore pousse parfois en colonies denses dans les marais d'eau douce tout comme le Trèffle d'eau, le Rubanier à gros fruits, la Potentille des marais et le Kalmia à feuilles étroites.
La forêt, quoique peu développée, offre une variété de plantes dignes d'intérêt, ne serait-ce que les petits fruits qu'on y trouve lors de randonnée : Cornouiller du Canada, Streptope rose, Gadelier glanduleux, Ronce du Mont Ida (framboisier). D'autres espèces comme le Lédon du Groenland (Thé du Labrador) le Cypripède acaule (Sabot de la vierge), la Clintonie boréale, la Maïthème du Canada, la Linnée boréale et le Monotrope uniflore ce retrouve dans ce milieu. Il est intéressant de noter que la forêt de l'
Île Brion couvre près de 70% de la superficie de l'île alors qu'elle couvre environ 21% du territoire de l'
archipel principal. Cela s'explique par le fait que les premiers Madelinots ont dû déboiser pour construire
leur maison, leur bateau, pour pouvoir pratiquer l'
agriculture et se chauffer.
Les champs et prairies de même que le bord de la route offrent une très grande variété de fleurs en été et ce pour le plus grand plaisir des yeux : Marguerite blanche, Bouton d'or, Trèfle rouge, Trèfle blanc, Trèfle alsike, Trèfle pied-de-lièvre, Vesce jargeau, Mélilot jaune, Verge d'or, Immortelle blanche, Épilobe à feuilles étroites et orge agréable sont quelques unes des plantes qui vous attendent.
On trouve partout des petits fruits sauvages. Il faut savoir où et quand surtout :
- Fraises des champs: À partir de la deuxième semaine de juillet dans les champs et au bord des boisés.
- Framboises: Fin juillet début août dans les boisés et au bord des routes.
- Bleuets: Août dans les dunes et dans les boisés.
- Canneberges: Fin septembre dans les dunes, au bord des étangs et dans les prés humides.
L'exploration des milieux à des fins botaniques nécessite le plus souvent une initiation ou encore
les services d'un guide compétent, à défaut de quoi un ouvrage comme Plantes Sauvages du bord de la mer du groupe Fleurbec peut être d'une grande utilité. Attention de ne pas aller sur une propriété privée sans permission.
Les plus beaux milieux:
- La Réserve nationale de faune de la Pointe-de-l'Est (Grosse-Île) pour ses marais, ses étangs et sa plage.
- La baie du Havre aux Basques (Île du Havre-Aubert) pour ses prés et marais salés: prendre le chemin de la Dune-de-l'Ouest ou le chemin de la Pointe-des-Canots.
- La Dune-du-Sud (Île du Havre aux Maisons) pour sa tourbière à sphaigne, dans les Sillons et la longue dune jusqu'à Grande-Entrée. Attention: la tourbière est un terrain marécageux, il faut être chaussé en conséquence.
- La Montagne (Île du Havre-Aubert) pour sa forêt de conifères et sa flore forestière.